Témoignage d'un "ancien con battu".
par , 10/12/2012 à 13h02 (1530 Affichages)
Hier soir, par dépit ou par nostalgie, j'ai visionné d'anciennes rétrospectives de nos plus belles années olympiennes sur le meilleur site du monde, le phocéen (petit clin d'oeil a nos amis du Talk),
ce que je vous conseille d'ailleurs, un soir de déroute.
J'y ai vu et revu de nombreuses choses, les buts de Bocksic, d' Anderson, de Drogba, de Papin, de Sauzée, les larmes de Basile, les tacles de Di meco, la classe de Mozer.
Les déclarations succulentes de Pape Diouf, les interviews extraterrestres de Raymond la science, et j'en passe ...
Tant d' anecdotes qui m'ont rappelé a quel point j'aimais cette magie, et combien j'avais d' admiration pour nos joueurs, nos dirigeants, et surtout ce maillot blanc.
Certes mes yeux etaient plus jeunes, plus reveurs.
Je me souviens de ma première fois, de cette boule au ventre alors que minot, je montais le petit escalier intérieur menant au virage, et la d'un coup, comme éblouis par l' intense luminosité, j'aperçevais mes idoles, ces joueurs de football au talent hors du commun.
Pourtant ce qui m'a le plus frappé hier soir, ce sont deux choses.
La première, les tribunes, celles du vieux vélodrome, puis du plus reçent. Cette magie qui y regnait, cette sensation de communion, de plaisir intense.
Ce sentiment d'appartenance de l'ensemble des spectateurs. Les joueurs , les dirigeants, les supporters, tous avions les yeux pétillants.
Tous ressentions cette immense fierté et ce très grand honneur d'etre présent dans ce stade et ces mythiques tribunes.
Puis je voyais le stade se remplir petit a petit, le bleu et le blanc commençait a complètement recouvrir l'integralité des places libres pour laisser place a l'un des plus beau spectacle qu'il m'ait été donné de voir.
Car il sagissait bien d'un spectacle, ou les chants raisonnaient plus fédérateurs les uns que les autres, assourdissants, ennivrants...
A l'époque, a chaque match, l'on attendait le "Aux armes" qui faisait parcourrir en chacun de nous ce grand frisson.
Les supporters savaient qu'a chaque match il allait se passer un truc, chaque minute pouvait accouchée d'un moment d'explosion pyrotechnique, visuelle et sonore.
Le paroxisme des sens, un petit moment d'exaltation orgasmique qui aujourd'hui nous apparait, tels d'anciens amants, comme nos meilleurs souvenirs d'une vie dont on a fait le deuil.
Tous avons une petite part de responsabilités sur la disparition de cette magie.
Les clubs de supporters tout d'abord, oui il faut bien le dire. La disparition des serviteurs emblématiques,des meneurs, des "capo" même si je n'apprecie pas spécialement ce terme,a evidemment porté un coup a l'ambiance générale. Plus aucune innovation sonore, des chants desués, d'une autre époque, raisonnent aujourd' hui encore dans les travées commme des bruits fantomatiques.
Quelques tifos ornent encore les tribunes a l'entrée des joueurs, puis plus rien. Telle une séance de cinéma, les supporters assistent passivement aujourd'hui a une representation digne d'une mauvaise serie B.
Ensuite les joueurs, parfaits représentants de notre société, et victimes décérébrées de la perte de toutes valeurs, de l'égémonie du dieu unique, le pognon. Pour une poignée de dollars supplémentaires, ils sont capables de changer de "club de coeur" au grè d'une interview ou de leur reçent transfert.
Mais au delà de tout cela, les premiers responsables sont bien sur nos dirigeants.
Car si le football doit etre un spectacle, ils en ont perdu toutes les recettes. Incapables de donner aux spectateurs du plaisir, ceux ci se recroquevillent derriere la crise financière.
A l'heure ou le marchandising , le naming, et d'autres recettes tout droit sorties de Wallstreet nous sont servies a la louche pour fabriquer de l'argent facile, aucun de ces dirigeants ne proposent
de vraies solutions au cancer.
Ils en oublient que pour vendre des maillots, des écharpes, et remplir un stade, les seules choses qui soient vraiment "bancable" sont les valeurs.
Un maillot dont on est fier est le premier de ces atouts.
Un maillot qui donne envie aux joueurs de le mouiller et aux supporters de se parer.
Les couleurs du club sont des valeurs innomovibles, sacrées, les joueurs passent, les dirigeants aussi, (enfin ils devraient) mais le ciel et le blanc restent et doivent demeurer sans condition, sans négociation.
Même une gamine de 28 ans, fille d'un parrain de la mafia italienne, proprietaire du Milan AC l'exprime tres bien, elle qui ne peut même pas se rappeler a quel point des noms comme Rijkaard, Gullit, Van Basten, Donandoni raisonnent encore dans toutes les oreilles européennes lorsqu'on parle de ce club.
Le seul vecteur aujourd'hui, la seule vitrine dans ses terres comme en dehors, c'est le maillot.
Je me souviens egalement des feux d'artifices a chacune des victoires de l' OM, a chaque debut de saison ou la presentation des nouveaux joueurs etait un moment tres attendu, chaque joueur savait qu'en foulant cette pelouse pour la première fois, il ne pourrait plus s'en passer, et que ces moments resteraient marqués a vie en son esprit quelques soient ses prochaines destinations.
Aujourd'hui, et depuis pas mal de temps déjà, j'ai peur que nos minots n'aient plus la chance de connaitre ces moments magiques. que leurs yeux ne brillent plus, qu'il s'eloigne du stade, pour un ailleurs ou ils trouveront un peu plus de magie virtuelle.
La perte des valeurs est elle inéluctable ?
Possible.
Mais Putain que c'est dommage !
Voici, humblement, le récit d'un ancien combattant, ou plutôt, aujourd'hui, d'un ancien "con battu".
Messieurs Labrune, Anigo... Voila ce qui me chagrine le plus, vous ne faites plus rever nos enfants, et nous non plus !!
De Stéphane Brenguier (Yanamarre.fr)











