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La langue à Molière

Discussion dans 'Art de vivre' démarrée par kaiser sauzee, 23 Avril 2013.

  1. BigBenZ

    BigBenZ ANTISPECISTE

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    Est ce que légalement ca tiens aussi cette éviction ??
     
  2. dadwu

    dadwu aKa "le touriste"

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    @Massilia1313 comment tu dis en anglais "un café à emporter" ?
    parce que j'ai entendu un étranger commander "un café jetable" :cool:
     
  3. Ebola

    Ebola Administrateur

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    Ton étranger c'était peut-être un supporter de foot...

    De toutes les façons, un café à emporter il vaut mieux ne pas le dire en anglais. Leur café est dégueulasse....
     
    OMali, Massilia1313 et dadwu aiment votre message.
  4. dadwu

    dadwu aKa "le touriste"

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    t'es trop en forme ce matin, tu me fais bien rire en tout cas :D
     
  5. Massilia1313

    Massilia1313 Give me a break pal!!!

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    Un café jetable ? :D

    @Ebola a raison, le café aux states est affreux, de l'eau, ou du café parfumé à toutes les sauces. Donc en fait, oui, leur café est jetable.
     
    Dernière édition: 19 Mai 2018
    dadwu aime votre message.
  6. dadwu

    dadwu aKa "le touriste"

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    avec tous les italiens qu'il y a à NY ca doit etre différent, enfin j'espère
     
  7. Massilia1313

    Massilia1313 Give me a break pal!!!

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    C'est pas pareil, oui. Après les jeunes sont nées là-bas.
     
  8. cevenol1053

    cevenol1053 Stuntman Mike

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    coffee to go, ou take-out coffee moins fréquent...
    En Suisse, on ne dit pas "à emporter" mais "à l'emporter".
    C'est très laid, comme souvent avec le "français" pratiqué par les suisses, qui sont d'ailleurs convaincus que c'est eux qui détiennent l'essence de cette langue qui n'est pas la leur et qui chez eux, est profondément influencée dans ses tournures par l'allemand. Ainsi, on ne dira pas "ça a du sens" mais "ça fait du sens". On ne dira pas "ça marche" mais "ça joue".
     
    OMali aime votre message.
  9. dadwu

    dadwu aKa "le touriste"

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    les suisses sont bons qu'à compter les sous en mangeant du chocolat...
    les belges parlent bien mieux fr que nous, du moins c'est plus logique certains mots...
     
  10. cevenol1053

    cevenol1053 Stuntman Mike

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    Oh les suisses font bien mieux que compter les sous. Le poids de leur système bancaire (9% du PIB) est d'ailleurs inférieur à celui en France (11%). La Suisse vit surtout d'un dense tissu de PME performantes et d'une agriculture très puissante.
    Par contre, même si on oublie les expressions citées plus hauts, les tournures sont très germaniques. Il est par exemple de bon ton de faire des phrases courtes, directes et inesthétiques, quitte à utiliser des puces pour une simple énumération, par souci d'efficacité.
    C'est une sorte de souci d'efficacité et de pragmatisme très lié à une culture protestante (bien loin du fun latin) qui déteint sur la langue -en particulier écrite- de façon très laide.

    Les septante huitante et nonante suisses (octante en belge) sont par exemple bien plus logiques.
    Mais attention, si la langue n'est pas très logique ou pas très facile à l'origine, la parler de façon plus facile ou plus logique ne fait pas de toi quelqu'un qui la maîtrise mieux mais bel et bien quelqu'un qui la déforme ;-)
    Je laisse là le débat, non tranché pour ma part, entre linguistes conservateurs et linguistes progressistes. Je considère que la simplification ne doit intervenir qu'en dernier recours parce que la richesse de la langue nourrit assurément la richesse de l'esprit, mais je reconnais que des évolutions sont parfois nécessaires.
     
    Massilia1313 et dadwu aiment cela.
  11. kaiser sauzee

    kaiser sauzee Ermite pastafariste

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    Ces personnages de l’histoire de France qui ne parlaient pas français
    Frédéric Pennel — 23 mars 2019 à 15h02

    Même les cinéastes, qui soignent tant les costumes, semblent s'en désintéresser. Pourtant, la langue parlée par quelques grands acteurs de l'histoire a laissé des traces profondes.


    Dans le film La Reine Margot, de Patrice Chéreau, Daniel Auteuil interprète un Henri de Navarre parlant un français standard. Le futur Henri IV (1553-1610) avait pourtant un accent gascon à couper au couteau. Son français était mêlé à tant de gasconnismes que certaines élégantes de la Cour, écœurées, partirent abriter leurs échanges sophistiqués dans des salons. Il en est de même pour Napoléon (1769-1821), qui n'a appris le français que lors de son arrivée sur le continent à l'âge de 9 ans, et qui n'a jamais pu se départir de ses corsismes. Mais où est passé son accent dans les reconstitutions? La fresque télévisuelle dédiée à l'empereur, interprété par Christian Clavier, a complètement zappé cette dimension sonore.

    Dans la galerie de personnages de l'histoire de France, certains des plus éminents ne savaient ni parler français, ni même un proto-français. Si les langues font les hommes, certains hommes font aussi les langues. En s'intéressant à celles parlées par les acteurs de notre histoire, c'est le fil d'Ariane du français que l'on tire.

    Ces rois des Francs qui ne parlaient pas français
    Bien souvent, on débute l'histoire de France avec Vercingétorix (mort en -46 avant J.-C.). La grande figure de la révolte gauloise face aux Romains n'aurait cependant pas compris un traître mot du français contemporain. Aujourd'hui, les propos d'Astérix sont intelligibles pour César. Mais il y a 2000 ans, le général romain devait se faire accompagner d'un interprète en celte, la langue répandue en Gaule, des rives de la Méditerranée jusque dans les îles britanniques. Un parler mal connu car les druides renâclaient à déposer leurs mots à l'écrit. Face au latin triomphant, ce celte a disparu de Gaule en quelques générations –même s'il se réimplantera plus tard en Bretagne. Seuls «ifs», «alouette» et une grosse centaine d'autres mots dérivés du celte auraient survécu dans notre français.

    Quand les Francs, de culture germanique, arrivent en Gaule des siècles plus tard, ils découvrent une population gallo-romaine qui s'exprime en un «latin de cuisine». Et quel héritage! Infiniment moins nombreux que les autochtones, ils légueront pourtant leur nom à la future France, mais aussi à une langue parlée aujourd'hui par 300 millions de personnes dans le monde. À l'origine, ils parlaient le francique. Et clairement, ça ne sonnait pas comme du français. Pour s'en donner une idée, rappelons que leur roi le plus célèbre, Clovis (466-511), s'appelait en réalité Chlodowig. Pendant cinq siècles, même s'ils maîtrisaient le latin, la langue de ces rois francs restait germanique.

    Il en est ainsi de Charlemagne (74?-814), poids lourd de l'histoire européenne. La France et l'Allemagne s'en réclament toutes deux. Mais culturellement, ce serait plutôt du côté allemand que pencherait l'empereur. C'est d'ailleurs à Aix-la-Chapelle qu'il établit son palais. Et surtout, sa langue maternelle était le tudesque, un idiome germanique qui se maintiendra à la cour des Carolingiens, même après l'éclatement de l'empire (843). Ce long passage germanique a influencé le français dans sa prononciation et l'a enrichi de 500 mots encore très usités (de «framboise» à «guerre»), faisant de la langue française la plus germanisée des langues romanes. Le peuple parlait en effet le roman, un dérivé du latin éclaté en d'innombrables dialectes.

    L'un d'eux, le parler de Paris, n'avait aucune prédisposition particulière pour servir de valeur étalon au futur français. Mais en 987, les barons du royaume ceignirent la tête d'Hugues Capet, comte de Paris, de la couronne de roi des Francs. Ils ne soupçonnaient pas qu'ils arrimaient ainsi le futur français à la confluence de la Seine et de la Marne. Le nouveau roi ne parlait pas tudesque et s'exprimait dans le roman parisien. C'est ainsi que l'ancien français parvint enfin sur le trône. Certes, face aux puissants du Sud, les ducs d'Aquitaine ou les comtes de Toulouse, Hugues n'était qu'un fragile roitelet. Mais ses successeurs deviendront les imposants rois de France. Et c'est leur idiome qui servira de creuset au français. Un creuset dans lequel, au fil des siècles, les autres régionalismes verseront leurs mots, du «balai» breton à l'«auberge» provençale.
     
  12. kaiser sauzee

    kaiser sauzee Ermite pastafariste

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    La langue de Guillaume conquiert l'Angleterre
    Le dialecte normand était proche de celui de Paris. Quand Guillaume le Conquérant envahit l'Angleterre (1066), un pays profondément germanique, il plaça sa langue continentale à son sommet. Une langue qui prit racine. Et pendant trois siècles, toute l'élite anglaise parlait l'anglo-normand, une version du français qui n'avait rien d'anglais. Les premières légendes du Roi Arthur furent écrites, le plus souvent, en anglo-normand. Idem pour la Chanson de Roland. C'est un comble, mais l'Angleterre devenait un des foyers les plus flamboyants de la littérature française du Moyen Âge. N'en déplaise à Sean Connery, le roi Richard Cœur de Lion (1157-1199) aurait été bien incapable de s'exprimer avec Robin des Bois: il ne parlait pas un mot d'anglais. Son royaume vivait dans une diglossie totale, avec d'un côté l'illustre langue romane des puissants et de l'autre le patois germanique des masses.

    C'est la rivalité franco-anglaise, exacerbée par la guerre de Cent Ans, qui poussa les souverains anglais à réinvestir l'anglais de leur peuple. En 1399, monta sur le trône le premier roi depuis longtemps à disposer de l'anglais pour langue maternelle. Mais l'aura du français à la cour demeurera considérable les siècles suivants. Sous les Tudors, Henri VIII (1491-1547) entretenait en français une correspondance passionnée avec Anne Boleyn pour la séduire –même si cela ne transparaît guère dans Deux sœurs pour un roi. Sous le règne de sa fille, Élisabeth, les courtisans entremêlaient français et anglais, comme on peut subrepticement le constater dans Marie Stuart, Reine d'Écosse, actuellement en salles.

    Et ce n'est qu'au XVIIIe siècle que le vocabulaire judiciaire bascule en anglais. Ces anciennes interférences avec le français sont visibles au premier coup d'œil pour un francophone contemporain. La langue de Shakespeare est aujourd'hui truffée de gallicismes. Jusqu'aux deux tiers du lexique, selon la linguiste Henriette Walter, dont de nombreux faux amis qui piègent tant d'élèves français. Les journalistes Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow vont jusqu'à écrire que «le français est le latin de l'anglais».

    Même s'il s'exportait outre-Manche auprès des élites, le français restait parlé par une petite minorité de Français et de Françaises. Plutôt des citadines et des habitantes des provinces proches de Paris. Et il s'en est fallu de peu pour que Jeanne d'Arc (1412-1431) ne parlât pas français. Son village, Domrémy, était traversé par un ruisseau qui le divisait en deux. Côté ouest, on parlait le dialecte champenois, proche de celui de Paris; côté est, c'était le barrois, un idiome germanisant. Coup de chance, la Pucelle est née à l'ouest et s'est fait comprendre du dauphin qu'elle a fait sacrer Charles VII. Elle conservait un fort accent, comme l'illustrent les erreurs de transcription du greffier lors de son procès. Il orthographiait son nom «Tarc». Le film Jeanne la Pucelle, avec Sandrine Bonnaire, n'en laisse rien paraître. Sans parler de la Jeanne d'Arc de Luc Besson où Milla Jovovich parle… anglais!

    Et le français supplanta le latin
    Au Moyen Âge succède la Renaissance. François 1er, roi qu'on se représente comme éminemment lettré, a certes encouragé les artistes et humanistes de son temps. En revanche, il semble qu'il ne fut pas aussi cultivé que la légende l'a véhiculé. Il lit peu. Et il est piètre latiniste, une langue qui n'avait pas encore dit son dernier mot. Prestigieuse, elle demeurait bien vivante pour les juristes et tout esprit érudit de ce temps. Le linguiste Claude Hagège explique que «si le monarque parle à peu près la même langue que les masses, son entourage reste essentiellement latinophone». C'est dans ce contexte qu'il signe l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 qui énonce que les actes juridiques et notariés (contrats de mariage, etc.) doivent être écrits en «langage maternelle francoys, et non autrement». Cette volonté de «délatinisation» était dans l'air du temps et Martin Luther appelait au même moment à traduire la Bible latine en langues vernaculaires. Mais on imagine que le roi n'était pas mécontent de s'en débarrasser.

    Perdant du terrain, le latin se recroquevilla sur son dernier pré carré: la diplomatie. Une position parfaite pour une langue neutre. Mais l'Europe se délatinisait et même ses élites en perdaient leur latin. Pour le compte de Louis XIV, le maréchal de Villars devait négocier en 1714 le traité de Rastatt avec les Habsbourg. Mais son niveau dans la langue de Cicéron était trop médiocre pour qu'il remplisse cette tâche. Pour accommoder Villars, on consentit à le rédiger uniquement en français –une première–, mais une clause précisait que c'était à titre exceptionnel. Cette exception fera pourtant jurisprudence. Le français entamait une longue carrière diplomatique. Par la suite, tous les traités furent rédigés dans cette langue. Que la France gagne ou non la guerre. Qu'elle fasse ou non partie des belligérants.



    À LIRE AUSSI À qui appartient la langue française?

    Son «règne» international prit fin il y a pile un siècle. Signé en 1919, le traité de Versailles fut certes écrit en français, mais également en anglais. Une relégation d'autant plus surprenante que la France, au premier rang des alliés, était auréolée du prestige de la victoire. Pour comprendre, il faut aussi fouiller l'histoire anecdotique. Il semble que le président américain Wilson n'était pas très à l'aise en français. Au contraire, Georges Clemenceau avait été marié à une Américaine et parlait parfaitement anglais. Pour faire avaler cette couleuvre, le Tigre arguera que l'anglais «ce n'est jamais que du français mal prononcé». Un bon mot qui masquait mal une autre réalité, plus géostratégique: celle de l'ascension américaine. On connaît la suite...
     
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  13. OMali

    OMali Well-Known Member

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    @kaiser sauzee
    De Saussure a du se retourner dans sa tombe...
    Instructif !
     
  14. kaiser sauzee

    kaiser sauzee Ermite pastafariste

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    Chafouin, grave, décéder, vagin: les mauvais mots sur le bout de la langue
    Bérengère Viennot — 5 mars 2019 à 7h00 — mis à jour le 6 mars 2019 à 17h31

    Certains mots sont victimes de glissements de sens et finissent par être dénaturés. Ce n'est pas bien grave. Mais c'est agaçant.
    «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement», disait Boileau. «Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots», répondait Dalida.

    Chacun et chacune d’entre nous entretient une relation particulière, plus ou moins affective, avec le vocabulaire et a une façon très personnelle d’appréhender l’importance et la valeur des mots. Depuis que l’humain parle, il a érigé des règles selon lesquelles, en gros, un mot devait se référer à une réalité ou un concept désignant à peu près la même chose pour tout le monde. Qualité essentielle du mot, qui permet de ne pas recevoir une torgnole quand on demande un bisou (ou l’inverse) ou de se retrouver avec une banane alors qu’on pense avoir réclamé une pelleteuse. D’où l’utilité des dictionnaires, qui permettent de se mettre d’accord sur le sens de ce que les linguistes appellent le signifiant (le mot) par opposition au signifié (le concept).

    Mais bien entendu, la sémantique, comme toutes choses relevant des sciences humaines, est pétrie d’exceptions et de variantes et ses règles sont faites pour être ignorées voire carrément violées. Car si un mot recouvre pour tout le monde un signifié d’ordre général, en fonction du contexte, souvent concept varie et bien fol qui s’y fie.

    «La langue continue d’évoluer, les sens glissent, la société s’adapte.»

    Et puis une langue, ça évolue. Ça vit dans la bouche de ses locuteurs, aussi nombreux que divers, et ça se transforme. Plus moyen d’entraver ce que raconte François Villon ou Rabelais sans explication de texte. Est-ce qu’à l’époque, des puristes se dressaient déjà sur leurs ergots, prêts à en découdre, lorsqu’un manant utilisait un mot mal-ta-propos? Il y a fort à parier que non, dans la mesure où quasi personne n’avait accès à l’écrit et où la vie purement intellectuelle était réservée aux religieux et à quelques nobles assez fortunés pour avoir reçu une éducation (et une paire de testicules).

    Aujourd’hui en revanche, la majorité des Français et des Françaises ont accès à l’éducation et savent lire et écrire (sauf accident de la vie). La langue continue d’évoluer, les sens glissent, la société s’adapte, les autorités tentent de légiférer (vainement) sur le sujet et on arrive presque à se comprendre.

    Ce qui n’empêche pas certains mots d’avoir une vie bien à eux et d’être employés de façon vague et floue, et parce qu’ils sont relayés par les médias, radios, télés, journaux, réseaux sociaux, etc., avant de partir vivre leur vie dans le parler plus ou moins populaire, de finir par devenir la norme et de s’éloigner à tout jamais de leur sens initial.

    Alors ce n’est pas grave du tout. Mais pour une linguiste c’est souvent agaçant.

    Abus sexuel
    L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, paraît-il. Ce qui signifie que s’imbiber un peu c’est acceptable (souvenez-vous: un verre, ça va, trois verres bonjour les dégâts), mais qu’il faut savoir s’arrêter. Un peu comme la gentillesse: abuser de la bonté de quelqu’un c’est prendre plus que la part qui nous est due, au détriment de la personne qui donne.

    Voilà pourquoi je me retrouve en hyperventilation dans ma cuisine chaque fois qu’à la radio j’entends parler «d’abus sexuel sur des enfants» (coucou le Vatican). Comme dit le Larousse, abuser c’est «user mal de quelque chose, en user avec excès ou en tirer un profit excessif». Donc abuser sexuellement un enfant, c’est l’utiliser un chouïa trop par rapport à ce qui est autorisé au départ.

    Or, petit rappel au cas où ce ne serait pas clair pour tout le monde: il n’est en aucun cas autorisé de se servir d’un enfant de façon sexuelle. Jamais. Même pas un petit peu. Donc un enfant n’est pas abusé sexuellement, sauf à ériger en principe qu’à la base c’est fait pour ça. Ce qu’il faut dire c’est qu’il est agressé ou violé.

    (Bonus: pourquoi ce mauvais emploi du mot? La faute à l’anglais pardi. Sexual abuse en anglais signifie agression sexuelle. Alors c’est bien la peine de pleurer qu’on est envahi par les anglicismes si c’est pour les fabriquer soi-même).

    Chafouin
    «T’es tout chafouin ce matin.» De plus en plus on entend ou lit le mot chafouin comme s’il voulait dire «pas content». Ce joli mot qui désigne au départ la fouine (version mâle) signifie en réalité une «personne qui a une mine sournoise, rusée», affirme Robert. «Son visage chafouin qui s’amincissait en triangle jusqu’au menton», écrit Roger Martin du Gard. «Hillary Clinton est chafouine, collez-la en taule», n’a pas du tout tweeté Donald Trump. «Benalla n’a rien de chafouin, on lui donnerait un passeport diplomatique sans confession», ai-je envie d’ajouter.

    Grave
    Comment cet adjectif qui signifiait au départ «qui a de l’importance, du poids» (Robert), ou encore «lourd, pesant» (Centre national de ressources textuelles et lexicales), voire «qui met en danger la vie de quelqu’un» (Larousse), et j’en passe des plus austères, en est-il aujourd’hui venu à servir de superlatif («il fait grave beau pour un mois de février») ou d’exclamation approbative: «Tu le trouves sexy toi Houellebecq?» «Grave.» (Variante: «Trop»).

    À ce moment de mes recherches je n’ai pas percé le mystère de ce glissement sémantique. En cas d’indice probant à proposer, merci d’écrire à la rédaction qui fera suivre.

    Décéder
    D’accord, décéder signifie encore mourir. Mais comme le fait remarquer le Petit Robert, c’est un terme «employé surtout dans l’administration ou par euphémisme, au passé composé et au participe passé». Sauf que ça, c’était avant. Dans une société qui accepte de moins en moins de voir la mort en face (tout en la représentant de plus en plus dans les images qu’elle propose en guise de divertissement, mais c’est du faux sang alors c’est pas pareil), on meurt de moins en moins et on décède de plus en plus. Certes, quand le deuil frappe sauvagement, le temps de s’habituer à sa douleur, user d’un euphémisme ou un d’un mot «officiel» permet sans doute de prendre des pincettes psychologiques pour nommer l’innommable: la mort d’un être cher. Mais ouvrez les esgourdes et constatez: de nos jours on décède à tour de bras. On ne périt plus, on ne trépasse pas, plus personne ne casse sa pipe ou ne ferme son parapluie, comme disait ma mémé. Quant au bouillon d’onze heures, la recette s’est perdue. Quand même la camarde se met au politiquement correct, c’est triste à crever.

    Vagin
    Oui, vagin. Apparemment, plein de gens s’y perdent encore. La preuve? La nouvelle tendance du «maquillage vaginal» qui est en réalité du maquillage vulvaire (oui, ça existe), ou encore les jeunes filles qui veulent avoir le «vagin invisible de Barbie». (Les filles, votre vagin est déjà invisible. C’est un trou). Dans Grazia, on parle carrément du «Complexe du vagin» (et on apprend que «nous serions de plus en plus nombreuses à vouloir nous offrir le vagin de nos rêves». À quoi ça tient le bonheur, hein). Mal nommer la vulve, c’est se donner une chance de moins de trouver le chemin de lui faire plaisir.
     
  15. kaiser sauzee

    kaiser sauzee Ermite pastafariste

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    « Taxieur », « alphabète » et « boucantier » ambiancent « Le Petit Larousse illustré » 2020
    Cent mots sont entrés dans le nouveau millésime du dictionnaire. Parmi eux, ceux arrivés tout droit de l’Afrique francophone.

    Ça y est, le « taxieur » et l’« alphabète » sont à bon port. Tous deux viennent de rejoindre Le Petit Larousse illustré. Ils font partie des 100 nouveaux mots entrés dans le millésime 2020 du dictionnaire. Ils rejoignent les 2 000 régionalismes et termes de la francophonie déjà consignés entre 63 500 mots. « Le “taxieur” est d’origine algérienne et signifie comme on s’en doute chauffeur de taxi », rappelle le linguiste Bernard Cerquiglini, conseiller scientifique chez Larousse, qui précise aussi que l’« alphabète » est né au Burundi pour signifier celui qui sait lire et écrire.

    A ceux qui se demanderaient comment on n’avait pas inventé plus tôt cette forme positive du très usité analphabète, l’universitaire répond par « l’inventivité africaine ». Celui qui a des années durant été à la tête de l’Agence universitaire de la francophonie rappelle volontiers que ce continent est assez en pointe en matière de vocabulaire, même si tous les mots français utilisés là-bas ne sont pas repris par une vieille Europe qui parfois les snobe un peu.

    « Un dictionnaire du français mondial »
    C’est quand même là, plus précisément en Côte d’Ivoire, qu’est né le « boucantier », entré lui aussi au dictionnaire cette année. Il manquait un substantif pour signifier celui qui aime afficher son aisance matérielle et son style de vie ostentatoire, « bref, quelqu’un qui joue les sapeurs », terme lui-même entré en 2016, résume Bernard Cerquiglini, assez adepte de ce vocabulaire nouveau, qui inclut aussi l’ambianceur, arrivé, lui, un an après, en 2017.

    Le linguiste estime que son rôle de conseiller scientifique est bien de faire évoluer Le Petit Larousse illustré vers « un dictionnaire du français mondial » en y mettant « les mots de la conversation ». A ses yeux, c’est une fidélité à l’esprit du fondateur du petit dico aux pages roses. « Lorsque des mots africains y entrent, nous sommes fidèles à l’esprit Larousse qui, dès 1905 pour fixer la langue réelle de son temps, a consigné des termes régionaux. Aujourd’hui, notre langue française est mondiale. On la parle à Paris et au Québec, mais aussi à Dakar et à Bujumbura », ajoute-t-il. Pas question donc pour les lexicologues de Larousse d’inventer quoi que ce soit. Ils sont là pour être à l’écoute de la rumeur du monde francophone et espionner ce qui se dit dans les conversations sur le marché de Cotonou comme celui d’Aubervilliers.

    Pour le linguiste, l’Afrique francophone propose deux types de mots nouveaux : les opaques et les transparents. Les opaques sont propres à une région, ce sont « les tontons » de l’Afrique de l’Ouest ou des expressions comme « aller au tambour » pour signifier prendre le pouvoir. Un vocable trop local pour figurer au dictionnaire.

    Détrôner les anglicismes
    En revanche, l’Afrique fabrique aussi énormément de verbes du premier groupe à partir de substantifs et le linguiste s’en félicite « parce qu’ils nous rendent de très grands services ». D’ailleurs, certains d’entre eux pourraient bientôt trouver consécration, même si ce n’est pas le cas aujourd’hui encore. Ainsi, « en Afrique, on sieste volontiers. On cadeaute énormément aussi », se régale M. Cerquiglini, quand la France métropolitaine ne sait pas résumer en si peu de mots le fait de faire la sieste, ni celui d’offrir un cadeau… Pas plus qu’elle ne sait raconter avec la même concision qu’un jeune homme « a amouré la fille des voisins avant de l’enceinter », ou encore qu’« on a retraité la cousine, cette femme dont le fils passe son temps à gréver ». La France a beau être championne du nombre de jours de grève, elle n’y avait pas pensé.

    Si ces verbes permettent d’embrasser des réalités diverses, c’est aussi le cas d’une jolie série d’expressions que le linguiste surveille aussi de très près, même si elles ne sont pas encore mûres pour entrer au dictionnaire. Si le « 2e bureau » circule déjà à Paris dans quelques milieux africanisés pour signifier l’adresse de la maîtresse d’un homme marié, l’expression « prendre le train 11 », pour rentrer à pied (en Centrafrique), n’a, elle, pas encore passé la Méditerranée, pas plus qu’« aller aux oranges » (Sénégal), qui signifie sortir à la mi-temps d’un match ou d’un spectacle. L’avenir dira si l’élargissement de leur usage fait d’eux des mots de la francophonie, comme cela a été le cas pour l’essencerie (entrée au Petit Larousse illustré depuis 1992).

    Reste qu’une fois au dictionnaire, le mot a un autre combat à mener. il lui faut détrôner les anglicismes. L’essencerie n’a pas fini ce chemin, puisqu’elle n’a pas pris la place de la station-service dans nos conversations. « Un anglicisme qui pourtant ne veut rien dire », observe M. Cerquiglini. Mais c’est souvent ainsi. Si l’influenceur figure depuis longtemps au dictionnaire, il reste malgré tout encore une réalité très africaine. L’Europe francophone préférant toujours, elle, les très anglo-saxons lobbyistes…

    Le conseiller scientifique de Larousse est persuadé qu’en matière d’enrichissement de la langue les choses vont s’accélérer. Le tournant ayant été pris, selon lui, le 28 février avec l’acceptation par l’Académie française de la féminisation des noms de métiers.

    Maryline Baumard
     
  16. kaiser sauzee

    kaiser sauzee Ermite pastafariste

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    Face à l'anglais, le français a-t-il perdu d'avance? Le journaliste Frédéric Pennel veut croire que non, et les chiffres de la francophonie –800 millions de Francophones d'ici cinquante ans, selon certaines projections– l'y encouragent. Il publie Guerre des langues - Le français n'a pas dit son dernier mot aux éditions François Bourin.

    L'impérialisme du verbe

    Le latin de la Rome républicaine et impériale, le grec de Byzance, l'italien et l'espagnol de la Renaissance, le français du XIIIe et du XVIIIe siècle ont dominé leurs temps. Aujourd'hui, bien sûr, l'anglais a conquis ce statut hégémonique. Certaines langues se parent ainsi, durant quelques siècles, d'un caractère «universel»: les maîtriser devient la condition sine qua non pour s'ouvrir sur le monde. […]

    Ce ne sont pas forcément les langues les plus simples qui s'imposent. Même l'anglais, pourtant réputé pour sa facilité, s'avère une langue compliquée. Claude Hagège en décortique les caractéristiques pour battre en brèche ce préjugé. Il la considère comme l'une des langues les plus ardues qui soit. Son orthographe est complexe: l'anglais compte 1.120 graphèmes (unité minimale de la forme écrite) pour 62 phonèmes (unité minimale de la langue parlée) contre 190 pour 36 en français. Sans parler de la prononciation! Le linguiste prend l'exemple de la lettre «o», prononcée différemment dans chacun de ces mots: do, show, ogle, one, sword, women, shovel, worse. «La dyslexie handicape très peu les Italiens, beaucoup plus les Français, elle est un vrai fléau pour les Anglo-Saxons», poursuit Hagège. À quoi s'ajoutent encore la polysémie des mots (coach et manager regroupent plusieurs équivalents français, ayant chacun sa subtilité) et la faible correspondance des expressions anglaises et françaises (the time machine traduit par «machine à remonter le temps»). Quand on aspire à bien le parler, au-delà du basique globish, l'anglais est donc très exigeant. Il a pourtant conquis le monde!

    Prenant en référence le latin, la linguiste Henriette Walter s'interroge sur le processus mystérieux qui conduit à consacrer des langues comme dominantes. Elle explique que rien ne prédisposait «un petit peuple d'agriculteurs, coincé dans un lieu de passage du Latium, dans la plaine marécageuse du Tibre», à connaître un tel succès. D'autant que deux peuples prestigieux cernaient les Romains latins: les Grecs, au sud, et les Étrusques, au nord. Les langues dominantes se seraient-elles toujours étendues à coups de glaives ou de canons? Cela peut sembler évident. La réponse n'est pourtant pas si simple […]

    Seule, la force militaire ne suffit pourtant pas à imposer une langue. L'essayiste Régis Debray explique que cette force «doit s'augmenter impérativement d'un imaginaire pour enflammer les cœurs, d'un entrepôt pour remplir les ventres et d'un magistère pour occuper l'esprit». De simples chevauchées ne permettent pas de creuser un sillon et de laisser sa trace: «Parce que le Hun, le Mongol et le Tatar sont plus doués pour parcourir l'espace que traverser le temps, ce qui exige d'emmener un luth, en plus de la lance et du cheval, est requis l'artiste ou l'architecte ou l'écrivain ou le musicien ou le jardinier. L'Armée Rouge a gagné la Seconde Guerre mondiale contre le nazisme, les États-Unis ont gagné la paix qui a suivi. L'Union soviétique, après 1945, a constellé l'Europe orientale et l'Asie centrale de garnisons et de missiles, mais il n'en est pas sorti une civilisation communiste susceptible de transcender et de fédérer les quant-à-soi locaux. Manquaient le bas Nylon, le chewing-gum et le hot dog. Plus Grace Kelly et Jackson Pollock

    La langue, pour l'emporter, doit surtout séduire. Même dans l'Empire romain triomphant, il ne faudrait pas se représenter des légionnaires imposant le latin dans les écoles des territoires conquis. Selon Henriette Walter, jamais les Romains n'ont imposé leur langue aux peuples vaincus et la transition vers la généralisation du latin s'est déroulée en douceur. Avant de disparaître, les langues autochtones sont passées par plusieurs siècles de bilinguisme: le punique était encore parlé en Tunisie à l'époque de saint Augustin au IVe siècle. Grégoire de Tours rapporte également qu'au début du VIe siècle en Gaule, c'est-à-dire sous le règne de Clovis, le celte n'avait pas encore totalement disparu.

    Mais c'est une autre langue qui a tourmenté Rome. Le grec a non seulement survécu en dépit de la défaite militaire des cités hellènes face aux Romains, mais il a continué à rayonner. Par Jupiter... ou plutôt par Zeus! Ces grands conquérants peinaient à contenir l'influence du grec, irrésistible, dans la mesure où il était porté par un imaginaire très attrayant. Au point d'en être réduits à positionner des garde-fous. Régis Debray rappelle ainsi que les sénateurs romains devaient, et il s'agissait d'un ordre, ne s'adresser à leurs interlocuteurs grecs qu'en latin, la langue officielle de l'Empire. Rien n'y a fait, le grec continua de régner. L'expansion d'une langue sur un territoire ne résulte donc pas tant d'un décret que d'un attrait. Et lorsqu'est survenue la scission de l'Empire romain en deux, le grec s'est naturellement imposé dans sa partie orientale.

    Sans cris ni heurts, la langue s'étend parfois plus subtilement, essaimant ses mots le long des grands axes de communication. D'oasis en bleds, de ports en havres, les routes et les fleuves en sont les principaux réseaux de diffusion. Cette langue s'introduit d'abord dans les centres marchands des villes avant d'irradier leurs faubourgs, et de finalement déborder sur les campagnes. Pour identifier les langues véhiculaires, il faut se rendre sur les marchés. C'est là, à la croisée des routes de caravanes, qu'on s'accorde sur un moyen de communiquer. En Afrique, le swahili a suivi ce chemin. Il s'est répandu sur le continent à partir de l'archipel de Lamu, situé au large de la côte kenyane et des régions limitrophes. Liée à l'Inde et au golfe Persique, la région s'est enrichie du commerce. Pour approvisionner les pachas et maharajahs de l'océan Indien, les locuteurs swahilis se sont aventurés sur le continent africain en suivant la route des chasseurs d'éléphants et des pistes d'esclaves. L'ivoire devait être recherché toujours plus profondément dans les terres. C'est ainsi que, même avec une population réduite en nombre, par leur activisme et leur capacité à tisser des liens, ils ont porté le swahili très loin au-delà de ses bornes initiales. Les pistes des caravanes l'ont tellement diffusé que les prédicateurs musulmans puis les missionnaires chrétiens (anglais notamment) se le sont approprié à leur tour pour prêcher. Aujourd'hui langue maternelle de seulement cinq millions de personnes localisées autour de Zanzibar, elle est parlée par environ 150 millions d'individus vivant au Burundi, aux Comores, au Kenya, au Mozambique, en Ouganda, en République démocratique du Congo, au Rwanda, en Somalie et en Tanzanie. C'est aujourd'hui la langue africaine la plus enseignée au monde.
     
  17. kaiser sauzee

    kaiser sauzee Ermite pastafariste

    Commentaires de blog:
    0
    En 2050, 700 millions de francophones?

    […] S'il se trouve des Chinois qui s'échinent à apprendre le français dans les Alliances françaises, ce n'est pas pour dialoguer avec deux millions de Suisses, quatre millions de Belges, sept millions de Québécois ou même 67 millions de Français francophones. C'est d'abord parce qu'il existe un Congo francophone, le Congo-Kinshasa (ou République démocratique du Congo), un pays grand comme 3,5 fois la France ou deux fois le Québec, qui pèse le poids des géants. C'est le pays de tous les superlatifs de la francophonie. Peuplé par moins de 20 millions d'habitants au moment où il prenait son indépendance en 1960, le pays frôle aujourd'hui les 80 millions d'habitants, et sa démographie continue de galoper. En clair, il s'agit du premier pays francophone par sa population, et sa capitale, Kinshasa, a déclassé Paris et Montréal comme première ville francophone au monde. Même si ce pays reste majoritairement très pauvre et traversé par des crises successives, son potentiel est immense. Et aujourd'hui beaucoup lorgnent ce gigantesque bassin linguistique.

    Le Congo-Kinshasa représente le navire amiral d'une flotte composée de nombreux vaisseaux. De la Mauritanie jusqu'à Madagascar en passant par le Burkina Faso ou par l'île Maurice, le gros des troupes francophones vit en Afrique. Parce qu'il s'agit souvent de pays pauvres, encore sous-représentés dans le monde des affaires, dans la galaxie numérique ou dans les instances internationales, cette réalité demeure sous-estimée. Il s'agit pourtant de la population la plus jeune du globe. Le monde de demain se dessine donc en partie en Afrique, un continent dont le visage est pour moitié francophone. Si vous faites partie de ceux qui sont habités par l'idée que le français décline sur la planète, quittez une seconde des yeux les meetings organisés dans les quartiers chics de la start-up nation, où l'anglais est triomphant, et observez les statistiques africaines. L'explosion démographique en cours dans cette partie de l'Afrique francophone affole les compteurs: on évalue à au moins 700 millions le nombre de francophones au milieu du siècle (contre 300 millions en 2018). Ces perspectives semblent mirobolantes. Mais pas si irréalistes quand on sait que les francophones d'Afrique aspirent à ce que leur progéniture parle elle aussi français. [...]

    Si 85% des francophones de demain doivent vivre un jour en Afrique, la langue appartiendra beaucoup plus aux habitants établis autour du Golfe de Guinée qu'aux habitués du café de Flore. Le «LA» ne sera plus donné par la France. Et pourquoi ne pas déplacer l'Académie française de Paris vers Abidjan, Kinshasa ou Dakar? En effet, la réforme de l'orthographe ou les vicissitudes de l'écriture inclusive n'exciteront plus seulement les Français qui débattent en vase clos, comme si le français était leur propriété. En réalité, il ne l'est plus depuis longtemps et le sera encore moins à l'avenir. Que les Français, aux oreilles et aux yeux un peu trop puristes, se préparent à une révolution néo-rabelaisienne. Si des grimaces s'esquissent à la simple écoute du mot «chocolatine» ou d'un «t» à la fin d'un «vingt», ces effarouchés n'ont encore rien entendu. Des wagons entiers de nouveaux mots et d'accents en cours de germination sont prêts à tomber dans le pot linguistique commun à l'ensemble des francophones. «Siester», «réciproquer», «girapher»: avec ces simplifications africaines, ce sont les fastidieuses périphrases qui ont du souci à se faire.
     

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